Évaluation et suivi des commotions cérébrales à l'aide de biomarqueurs liés aux mouvements oculaires

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17 nov. 2025 09:00:00

Actualités cliniques – novembre 2025

neuroClues® a officiellement obtenu le marquage CE en tant que dispositif médical de classe IIa, disponible pour une utilisation clinique en Europe. 

Nous sommes ravis de vous faire découvrir le potentiel de l’oculométrie. Chaque mois, nous vous tenons informés des dernières actualités relayées par la communauté scientifique.

Dans un précédent numéro, nous avons exploré comment les biomarqueurs de neuroClues® pouvaient fournir des informations sur les fonctions cognitives. Ce mois-ci, nous nous intéressons aux commotions cérébrales, en soulignant comment les biomarqueurs extraits grâce à  neuroClues® peuvent faciliter l’évaluation et le suivi dans ce contexte.

Bonne lecture !

L’équipe neuroClues®  

 
1. La commotion cérébrale, une pandémie silencieuse

Une commotion cérébrale est une forme de traumatisme crânien léger (TCL) causée par un choc, un coup ou une secousse à la tête (ou même un impact au niveau du corps) entraînant un mouvement rapide de va-et-vient de la tête et du cerveau. Ce mouvement soudain peut provoquer un rebond ou une rotation du cerveau à l'intérieur du crâne, étirant et endommageant les cellules cérébrales tout en déclenchant des modifications chimiques. Bien que les commotions cérébrales ne mettent généralement pas la vie en danger, leurs conséquences peuvent être importantes [1].

Souvent qualifiées d'« épidémie silencieuse », les commotions cérébrales touchent environ 56 millions de personnes chaque année dans le monde [2].

Il est également important de souligner que les commotions cérébrales répétées peuvent aggraver les symptômes et ralentir la récupération. Les personnes ayant des antécédents de multiples commotions peuvent présenter des difficultés persistantes, notamment des troubles de la concentration, de la mémoire ainsi que des maux de tête [3].

Les recherches montrent que 40 % des sportifs reprennent leur activité avant d'être complètement rétablis, s'exposant ainsi à un risque accru de nouvelles blessures [4].

À plus long terme, les traumatismes crâniens répétés ont également été associés à des pathologies graves, notamment la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et d'autres maladies neurodégénératives [5].

 

Diagnostic de la commotion cérébrale

Le diagnostic des commotions cérébrales est complexe : les symptômes sont souvent rapportés par le patient lui-même et peuvent ne pas apparaître immédiatement après le traumatisme.

Plusieurs facteurs contribuent à des diagnostics manqués ou tardifs : les commotions cérébrales ne présentent souvent aucun signe visible, les symptômes sont subjectifs et variables, et ils peuvent se confondre avec d’autres affections telles que les migraines, l’anxiété ou la dépression. Dans certains cas, les symptômes n’apparaissent que quelques heures ou quelques jours plus tard, ce qui complique encore davantage leur détection.

Il n’existe pas de test unique permettant de diagnostiquer les commotions cérébrales. Actuellement, le diagnostic repose principalement sur le jugement clinique, fondé sur les antécédents médicaux, les examens neurologiques, les tests cognitifs et les évaluations de l’équilibre. Les scanners ou IRM sont principalement utilisés pour exclure des lésions plus graves (telles que des hémorragies ou des œdèmes), car les commotions cérébrales peuvent ne pas apparaître sur les examens d’imagerie[6].

Afin d’éviter d’exposer à nouveau les patients vulnérables à de nouvelles blessures, les médecins du sport et les fédérations sportives recherchent des méthodes plus objectives pour évaluer les commotions cérébrales.

1. Notions de base sur les commotions cérébrales | HEADS UP | CDC

2. Pertinence de l'oculométrie dans le cadre des commotions cérébrales

L’analyse des mouvements oculaires constitue une piste prometteuse pour combler ces lacunes diagnostiques.

Les anomalies des mouvements oculaires peuvent être détectées grâce à des biomarqueurs tels que la latence et les taux d’erreur, mesurés à l’aide de tâches telles que les saccades et les antisaccades guidées visuellement. Ces biomarqueurs fournissent des informations sur des dysfonctionnements spécifiques des voies neuronales, faisant de l’évaluation des saccades un outil puissant et non invasif pour évaluer la santé cérébrale.

→ Nous avons abordé ce sujet dans une précédente newsletter. Besoin d’un rappel ? Cliquez ici pour y jeter un œil.

La relation entre les mouvements oculaires et les traumatismes crâniens légers a principalement été étudiée d’un point de vue clinique. Dans la revue de la littérature ci-dessous, nous avons sélectionné des publications mettant en évidence l’intérêt d’étudier les mouvements oculaires pour évaluer et suivre rapidement, de manière quantifiée, les patients victimes d’un traumatisme. 


Mesures objectives de l’attention visuelle dans les traumatismes crâniens

Barone et al. (2023) ont cherché à déterminer si les paramètres d’attention visuelle mesurés par oculométrie pouvaient aider à distinguer les individus en bonne santé des patients atteints de troubles neurologiques, notamment de traumatismes crâniens légers (mTBI) et de différentes formes d’épilepsie [7].

À l’aide d’une tâche d’attention simplifiée combinée à l’oculométrie, les chercheurs ont analysé la manière dont les participants fixaient des cibles, initiaient des saccades vers celles-ci et réagissaient aux stimuli [7].

L’étude a révélé que plusieurs indicateurs clés (tels que la durée de fixation, la latence des saccades, le temps de réaction visuelle, la vitesse de traitement et le temps de réaction total) permettaient de différencier les patients atteints d’un traumatisme crânien des témoins sains. Les patients atteints d’un traumatisme crânien inclus dans l’étude ont été classés et évalués au cours de deux périodes distinctes : la phase aiguë(définie comme≤ 24 heures après la lésion) et laphase subaiguë(survenantentre 48 heures et 3 mois après la lésion) [7].

Il est important de noter que l’étude n’a pas inclus de mesures de référence individuelles antérieures à la lésion, ce qui limite la capacité à déterminer dans quelle mesure les différences observées sont dues à la lésion par rapport à la variabilité individuelle.

Ces résultats sont importants car ils mettent en évidence la manière dont les mouvements oculaires et les temps de réaction, qui reflètent l’attention sous-jacente et l’efficacité du traitement de l’information, peuvent servir de marqueurs sensibles d’une atteinte neurologique. En captant des différences subtiles, ce type d’évaluation offre un outil prometteur pour l’évaluation clinique et le suivi des traumatismes crâniens et d’autres troubles neurologiques.


Indicateurs de l’oculométrie comme biomarqueurs de la commotion cérébrale

Une étude menée par Feller et al. (2021) a cherché à déterminer quelles mesures neuro-ophtalmologiques permettaient de distinguer de manière fiable les sportifs ayant récemment subi une commotion cérébrale de leurs pairs en bonne santé [8].

À l’aide de l’oculométrie réalisée peu après la blessure (médiane de 19 jours après la commotion), les chercheurs ont évalué 42 paramètres répartis sur 11 types de tâches visuelles, notamment l’acuité visuelle dynamique,le temps de réaction, les poursuites visuelles etles saccades [8].

L’étude a révélé que le temps de réaction et la vitesse des saccades constituaient les marqueurs les plus fiables pour différencier les sportifs ayant subi une commotion cérébrale du groupe témoin. De plus, plusieurs paramètres liés aux saccades verticales ont également montré un potentiel discriminant [8].

Cependant, les auteurs soulignent que les résultats de l’étude pourraient ne pas s’appliquer aux personnes plus âgées ou aux non-sportifs. Cette limite s’explique par le fait que les sportifs présentent généralement des mouvements oculaires plus rapides et plus précis que les non-sportifs, et que ces capacités ont tendance à diminuer avec l’âge. De plus, l’étude n’a pas inclus de mesures de référence individuelles, ce qui limite encore davantage sa généralisation.

Dans l’ensemble, cette étude souligne que certains indicateurs ciblés issus de l’oculométrie peuvent servir de biomarqueurs objectifs, facilitant à la fois le diagnostic et la prise en charge clinique des commotions cérébrales liées au sport.


Indicateurs de mouvement oculaire et récupération après une commotion cérébrale

Une étude menée par Gallagher et al. (2020) a examiné les performances des mouvements oculaires chez des athlètes féminines victimes d’une commotion cérébrale par rapport à des pairs en bonne santé [9].

À l’aide d’un système d’oculométrie de précision lors detâches de saccades pro et anti(regarder vers une cible visuelle ou s’en détourner), les chercheurs ont mis en évidence des différences mesurables entre les deux groupes [9].

Lors de la tâche de saccade réflexive guidée visuellement, les athlètes ayant subi une commotion cérébrale ont présenté un gain réduit, une vitesse de pointe plus lente et une durée de saccade plus longue, ces éléments étant associés à un délai plus long de disparition des symptômes. Lors de la tâche d’antisaccade, un taux d’erreur plus élevé a permis de distinguer les athlètes ayant subi une commotion cérébrale des témoins en bonne santé [9].

Ces résultats soulignent que les indicateurs relatifs aux mouvements oculaires permettent à la fois de détecter une commotion cérébrale et de prédire le rétablissement, offrant ainsi un outil fiable et non invasif qui vient compléter les évaluations actuelles basées sur les symptômes.

7. Barone V, Van Dijk JP, Debeij-van Hall MHJA, Van Putten MJAM. Un test multimodal potentiel pour l’évaluation clinique de l’attention visuelle dans les troubles neurologiques. Clin EEG Neurosci [Internet]. Septembre 2023 [consulté le 10 février 2025] ;54(5):512–21. Disponible à l’adresse : https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/15500594221129962

8. Feller CN, Goldenberg M, Asselin PD, Merchant-Borna K, Abar B, Jones CMC, et al. Classification des mesures neuro-ophtalmologiques complètes après une commotion cérébrale en phase post-aiguë. JAMA Netw Open [Internet]. 3 mars 2021 [consulté le 17 février 2025] ; 4(3) : e210599. Disponible à l'adresse : https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2776946

9. Gallagher V, Vesci B, Mjaanes J, Breiter H, Chen Y, Herrold A, et al. Performances des mouvements oculaires et résultats cliniques chez les athlètes féminines après une commotion cérébrale. Brain Inj [Internet]. 14 octobre 2020 [consulté le 3 mars 2025] ; 34(12) : 1674–84. Disponible à l’adresse : https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/02699052.2020.1830173


3. Implications cliniques avec neuroClues

Les exemples tirés de la littérature évoqués ci-dessus suggèrent que l’analyse des taux d’erreur et des latences des saccades et antisaccades guidées visuellement peut fournir des informations précieuses pour :

  • La différenciation des personnes ayant subi une commotion cérébrale par rapport à des témoins sains à l’aide de biomarqueurs objectifs et quantifiables
  • La prédiction de la gravité des symptômeset de l’évolution de la récupération après une commotion cérébrale
  • L’évaluation des déficits d’attention visuelle et de vitesse de traitement liés à des troubles neurologiques

L’utilisation de neuroClues® pour extraire ces biomarqueurs pourrait améliorer l’évaluation des commotions cérébrales en milieu clinique en proposant des mesures fiables, efficaces et standardisées susceptibles de faciliter le diagnostic et la prise en charge personnalisée des patients.

De plus, les études soulignent l’importance d’inclure des mesures de référence individuelles, car celles-ci peuvent considérablement renforcer l’interprétation des résultats et améliorer la précision des évaluations cliniques.


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