Les mouvements oculaires : un élément clé pour soutenir la recherche pharmaceutique

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8 nov. 2024 16:15:00

Actualités cliniques – novembre 2024

La newsletter de ce mois-ci mettra en avant des études récentes démontrant comment les mouvements oculaires peuvent contribuer à la recherche pharmaceutique dans le domaine du diagnostic, du suivi de la santé neurologique et du développement de nouveaux médicaments.

Nous sommes ravis de vous faire découvrir le potentiel de l’oculométrie. Chaque mois, nous vous tenons informés des dernières actualités relayées par la communauté scientifique.

Bonne lecture !

L'équipe neuroClues®


1. Les défis de la recherche pharmaceutique

Les laboratoires pharmaceutiques sont confrontés à plusieurs défis majeurs dans le développement de traitements destinés aux troubles neurologiques. Ces défis peuvent être classés en trois domaines clés : les difficultés de diagnostic, les problèmes de suivi et les incertitudes pronostiques.

Pour relever ces défis, l’analyse des mouvements oculaires pourrait offrir une solution prometteuse. Avec l’outil adéquat, les chercheurs peuvent recourir à une approche non invasive, quantifiable et rationalisée pour évaluer plus efficacement ces difficultés, ce qui permet une meilleure sélection des patients. De plus, en surveillant les schémas de mouvements oculaires, il devient possible de suivre l’évolution de la maladie et d’affiner les prévisions pronostiques. À terme, l’oculométrie pourrait contribuer au développement de traitements plus ciblés et plus efficaces.


Diagnostic précis

Les syndromes parkinsoniens atypiques, tels que la paralysie supranucléaire progressive (PSP), le syndrome corticobasal (CBS) ou l’atrophie multisystématisée (AMS), sont souvent diagnostiqués à tort comme la maladie de Parkinson (MP) en raison de leurs similitudes, ce qui complique les efforts de recherche pour ces trois pathologies.

  • Actuellement, l’AMS présente un taux d’erreur de diagnostic de 20 % [lien]. Le dysfonctionnement oculomoteur est l’une des principales caractéristiques cliniques de l’AMS [lien], et les variations des biomarqueurs oculomoteurs peuvent aider à distinguer l’AMS des autres syndromes parkinsoniens [lien]. Par conséquent, l’analyse des mouvements oculaires peut contribuer à réduire ce taux d’erreur de diagnostic, ce qui, à terme, améliorera la puissance statistique des essais cliniques.
 
  • L’analyse des mouvements oculaires est essentielle pour diagnostiquer avec précision la PSP, car le dysfonctionnement oculomoteur constitue le principal critère diagnostique. Cela inclut la paralysie du regard vertical (niveau 1), les saccades lentes (niveau 2) et les secousses fréquentes de type « macro-onde carrée » (niveau 3). L’analyse des mouvements oculaires est prometteuse pour la détection précoce de la PSP, contribuant ainsi à réduire les erreurs de diagnostic [lien] 

« Le diagnostic clinique des syndromes parkinsoniens peut être difficile aux stades précoces, en raison du caractère non spécifique des symptômes cliniques (akinésie, rigidité, tremblement).

Outre la maladie de Parkinson idiopathique (MPI), ces syndromes comprennent la paralysie supranucléaire progressive (PSP), l'atrophie multisystématisée (AMS) et la dégénérescence corticobasale (DCB).

La réalisation de tests oculomoteurs […] peut fournir des arguments solides pour orienter le diagnostic. »

Gaymard, 2013

Anderson & McAskill, 2013


Pourquoi un diagnostic précis est-il essentiel pour les essais cliniques ?

De nombreux essais cliniques échouent en phase III, malgré des résultats prometteurs en phase II, principalement en raison de l'hétérogénéité des populations de patients recrutées.

Une sélection rigoureuse des patients est donc indispensable pour maximiser les chances de reproduire les succès observés lors des phases antérieures.


Suivi de l'évolution de la maladie

Les troubles neurologiques sont particulièrement complexes, avec des changements subtils au niveau des symptômes qui peuvent passer inaperçus si les outils de suivi ne sont pas suffisamment sensibles. Cependant, on reconnaît de plus en plus l’importance des mouvements oculaires en tant que biomarqueurs, notamment pour suivre efficacement la progression de la maladie et évaluer l’efficacité des traitements dans ces troubles.

« Les études oculomotrices constituent un modèle idéal en neurosciences pour explorer l'association entre les mécanismes cérébraux et le comportement. »

Eckstein et al., 2017

  • Les paramètres des mouvements oculaires, tels que la fréquence de clignement, constituent des mesures de résultats essentielles dans les études portant sur la dyskinésie induite par la L-Dopa dans la maladie de Parkinson, fournissant des informations précieuses sur les réponses au traitement [lien]
  • Dans l’essai clinique RT001 portant sur la paralysie supranucléaire progressive (PSP), la section consacrée à la motricité oculaire de l’échelle d’évaluation de la PSP évalue l’impact du traitement sur les troubles des mouvements oculaires, démontrant ainsi davantage l’utilité de ces paramètres dans les évaluations cliniques [lien 1] [lien 2]
  • Les mouvements oculaires sont utilisés comme critères d’évaluation principaux dans les traitements de l’ophtalmoplégie internucléaire (INO) associée à la sclérose en plaques (SEP)[lien], et de plus en plus de données viennent étayer leur rôle dans l’étude des résultats des traitements remyélinisants [[lien]

Pourquoi le suivi de la maladie est-il essentiel dans les essais cliniques ?

Les échelles cliniques peuvent passer à côté de changements subtils dans l'évolution de la maladie. Un suivi précis de cette évolution est donc indispensable pour évaluer l'efficacité des traitements, détecter d'éventuels effets indésirables et valider des biomarqueurs permettant de mesurer la réponse au traitement.


Prédictions pronostiques

Les prévisions pronostiques jouent un rôle crucial dans la prise en charge des maladies neurologiques, car elles permettent des interventions plus précoces et la mise en place de stratégies thérapeutiques personnalisées. 

  • Par exemple, des recherches montrent que les mouvements oculaires permettent d’identifier le blocage de la marche — l’un des symptômes les plus pénibles de la maladie de Parkinson — jusqu’à cinq ans avant l’apparition des symptômes cliniques [lien]
  • De même, dans la sclérose en plaques (SEP), les mouvements oculaires font l’objet d’études visant à prédire les niveaux d’invalidité [lien]. Les recherches actuelles se concentrent sur l’utilisation de ces mouvements pour suivre la progression de la maladie et évaluer les troubles cognitifs[lien]
  • De plus, dans le cas de la maladie d’Alzheimer, les mouvements oculaires permettent de distinguer efficacement la déficience cognitive légère amnésique (aMCI) de la déficience cognitive légère non amnésique (naMCI). Étant donné que l’aMCI évolue souvent vers la maladie d’Alzheimer tandis que la naMCI est associée à d’autres formes de démence, cette distinction est essentielle pour une intervention précoce et la planification des soins [lien]

 

Comment les prédictions pronostiques peuvent-elles faire progresser la recherche sur les traitements ?

Dans les pathologies à évolution lente, l'identification des patients présentant une progression plus rapide de la maladie est essentielle. Des prédictions pronostiques fiables permettent ainsi de développer des traitements plus ciblés et d'améliorer les résultats cliniques.

Les mouvements oculaires représentent en outre un biomarqueur précoce, objectif et non invasif, capable d'affiner la prédiction de l'évolution de la maladie.


2. Mieux comprendre les mécanismes des neurotransmetteurs

De plus en plus de données démontrent la pertinence des mouvements oculaires en tant que biomarqueurs sensibles dans les mécanismes de la cognition et leur pharmacologie. 

 

En voici deux exemples non exhaustifs :

  • Dans le cadre de la modulation du GABAa, les mouvements oculaires saccadiques ont été mesurés afin d’évaluer la sensibilité des récepteurs aux benzodiazépines dans les troubles anxieux [lien]
  • Plus récemment, concernant les récepteurs dopaminergiques, l’impact d’un agoniste de la dopamine sur les mouvements oculaires saccadiques a mis en évidence une augmentation de la vigueur motivationnelle, ce qui s’avère prometteur dans le traitement de la dépression [lien].

Les mouvements oculaires peuvent soutenir la recherche pharmaceutique. En analysant les schémas de mouvements oculaires, les cliniciens peuvent évaluer les lésions au niveau des neurotransmetteurs et leur localisation. Plus précisément, les anomalies des mouvements oculaires fournissent des indices sur les zones du cerveau touchées, ce qui en fait un outil utile pour diagnostiquer et surveiller les maladies neurologiques, orienter les stratégies thérapeutiques et évaluer la progression de la maladie.


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