Actualités cliniques : sclérose en plaques (SEP)

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29 août 2024 23:15:00

Actualités cliniques – août 2024

Nous sommes ravis de vous faire découvrir le potentiel de l’oculométrie. Chaque mois, nous vous tenons informés des dernières actualités relayées par la communauté scientifique.

Cette newsletter mettra l’accent sur les dernières recherches concernant la sclérose en plaques (SEP) et sur le point de vue des experts cliniques quant à la pertinence de l’oculométrie dans le cadre de cette maladie.

Bonne lecture !

L'équipe neuroClues®


 
 

Sclérose en plaques

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie neurologique inflammatoire chronique dans laquelle le système immunitaire attaque par erreur la gaine protectrice des fibres nerveuses du système nerveux central. Cela perturbe la communication entre le cerveau et le reste du corps. Elle peut entraîner divers symptômes, tels que des troubles de la coordination et de l’équilibre, des troubles du mouvement, ainsi que des difficultés visuelles et cognitives, souvent aggravés par la fatigue.

La SEP touche environ 2,8 millions de personnes dans le monde.

La SEP peut affecter n’importe quelle partie du système nerveux central. Comme les circuits impliqués dans les mouvements oculaires s’étendent sur plusieurs régions cérébrales, ils peuvent se chevaucher avec des zones touchées par la SEP. Cela a conduit les chercheurs à explorer l’intérêt de l’eye-tracking dans cette pathologie.

Les classifications cliniques de la SEP sont les suivantes :

  •  SEP récurrente-rémittente (RRMS) : caractérisée par des poussées de symptômes, suivies de périodes d’amélioration ou de stabilité. C’est la forme la plus fréquente. 

Relevance of Eye Tracking for Multiple Sclerosis (MS)

  •  SEP secondairement progressive (SPMS) : survient souvent après une forme récurrente-rémittente. Les symptômes s’aggravent progressivement avec le temps, avec moins de poussées, voire aucune. 
  • SEP primaire progressive (PPMS) : concerne environ 10 % des patients atteints de SEP, avec une aggravation progressive des symptômes dès le début, sans poussées.
  • SEP progressive-récurrente (PRMS) : forme rare dans laquelle les symptômes s’aggravent progressivement dès le début, avec des poussées intermittentes.
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Environ 18 % des personnes diagnostiquées avec une sclérose en plaques (SEP) pourraient en réalité ne pas être atteintes de la maladie.

Une étude a montré que 50 % des patients ayant reçu un diagnostic erroné ont conservé ce diagnostic pendant au moins trois ans, et que 70 % d'entre eux ont reçu un traitement de fond destiné à une maladie dont ils n'étaient en réalité pas atteints.

 Lien vers l'article 

Diagnostic de la sclérose en plaques

Le diagnostic de la sclérose en plaques (SEP) repose sur une combinaison d'éléments : une évaluation clinique, un examen neurologique, une imagerie par résonance magnétique (IRM) permettant de visualiser les lésions du système nerveux central, ainsi que d'autres examens destinés à exclure d'autres causes possibles.

Le diagnostic de la SEP nécessite de mettre en évidence une dissémination des lésions dans l'espace et dans le temps, c'est-à-dire la présence de lésions affectant plusieurs régions du système nerveux central et apparaissant à différents moments de l'évolution de la maladie.

Pour standardiser cette démarche diagnostique, les cliniciens s'appuient sur les critères de McDonald, révisés à plusieurs reprises, la version la plus récente datant de 2017.

Les dédis du diagnostic 

Le diagnostic de la sclérose en plaques peut être complexe en raison de la grande diversité des symptômes et de l'évolution imprévisible de la maladie. Les traitements actuellement disponibles restent limités, en particulier pour les formes progressives de la SEP.

Par ailleurs, les cliniciens distinguent deux formes de SEP : la forme inflammatoire et la forme dégénérative. Cette distinction est essentielle, car si des traitements efficaces existent pour la forme inflammatoire, aucune thérapie n'est actuellement disponible pour la forme dégénérative, ce qui complique davantage la prise en charge de la maladie.

L'analyse des mouvements oculaires pourrait présenter une forte valeur clinique, tout en s'appuyant sur un niveau élevé de preuves scientifiques.

Pour en savoir plus; consultez notre  page dédiée à la science.

Les biomarqueurs oculomoteurs s'imposent comme un outil prometteur pour évaluer la progression de la sclérose en plaques

De nouvelles recherches se concentrent sur des techniques non invasives, notamment l’oculomique, qui étudie les manifestations oculaires liées aux maladies systémiques. Cela inclut l’analyse des modifications de la rétine et du nerf optique, qui sont directement liées à la santé cérébrale, ainsi que de nouveaux biomarqueurs présents dans les liquides oculaires et les mouvements oculaires.

Deux troubles saccadiques courants sont observés chez les patients atteints de sclérose en plaques :

I. L'ophtalmoparésie internucléaire (INO)

L'INO résulte de la démyélinisation des fibresnerveuses dans une région spécifique du cerveau appelée le faisceau longitudinal médial (MLF), situé dans le pont. Lorsque la transmission des signaux est perturbée, cela entraîne une situation dans laquelle l’œil censé se déplacer vers l’intérieur (œil en adduction) le fait plus lentement que l’œil se déplaçant vers l’extérieur (œil en abduction) lors des saccades horizontales. Ce décalage de coordination est appelé « retard d’adduction ».

En effet, l’INO peut être observée cliniquement sous la forme d’un nystagmus dissocié au niveau de l’œil qui s’écarte. Cependant, l’intégration de l’oculométrie dans les consultations permet de détecter l’INO à un stade plus précoce, même lorsqu’elle n’est pas visible à l’œil nu. L’oculométrie fournit également des mesures objectives de l’INO et permet de suivre son évolution au fil du temps en fonction des différents traitements.

II. Dysmétrie saccadique

Elle estcausée par des lésions au niveau des pédoncules cérébelleux. Ces lésions altèrent les mouvements de poursuite lisses et la capacité à supprimer le réflexe vestibulo-oculaire (RVO) horizontal, qui est essentiel lors de tâches nécessitant le suivi d’objets en mouvement avec des mouvements combinés des yeux et de la tête.

La dysmétrie saccadique peut se manifester sous la forme d’un nystagmus évoqué par le regard (GEN) ou d’un nystagmus descendant (DBN), chacun étant lié à des déficits neuronaux spécifiques. Le GEN résulte d’un dysfonctionnement du réseau d’intégration neuronale, tandis que le DBN est dû à la perte du contrôle inhibiteur exercé par le cervelet sur les canaux semi-circulaires verticaux.

Cet article met en évidence le potentiel de la technologie de suivi oculaire en tant qu’outil non invasif permettant de quantifier objectivement les troubles saccadiques, ce qui peut faciliter le diagnostic précoce, le suivi de l'évolution de la maladie et l'évaluation de la réponse au traitement chez les patients atteints de sclérose en plaques.

Lien vers la publication (Suh et al., 2024)

« Il est désormais établi que l'analyse de la dysmétrie et des mouvements oculaires saccadiques présente un potentiel pronostique pour évaluer la sévérité de la sclérose en plaques, ainsi que l'effet thérapeutique de différents traitements.

(...)

Associée à l'apprentissage automatique (machine learning), l'analyse des mouvements oculaires saccadiques à l'aide de la réalité virtuelle pourrait améliorer la précision diagnostique et offrir de nouvelles perspectives sur les marqueurs visuels fonctionnels et oculomoteurs tout au long de l'évolution de la maladie. »

Suh et al., 2024 

Pourquoi le diagnostic précoce et le suivi de la maladie sont-ils essentiels ?

Le diagnostic précoce et le suivi de la sclérose en plaques (SEP) sont essentiels pour instaurer rapidement un traitement (notamment les traitements de fond), ralentir la progression de la maladie, réduire le nombre de poussées et améliorer le pronostic à long terme. Un diagnostic précoce et précis permet également de distinguer la SEP d'autres pathologies, évitant ainsi des examens inutiles et des traitements inappropriés.

Grâce aux critères de McDonald, les cliniciens peuvent distinguer le syndrome cliniquement isolé (SCI, Clinically Isolated Syndrome – CIS), caractérisé par la présence de symptômes évocateurs de la SEP, du syndrome radiologiquement isolé (SRI, Radiologically Isolated Syndrome – RIS), identifié par l'IRM en l'absence de signes cliniques.

Il reste toutefois difficile de déterminer si les patients atteints d'un SRI sont réellement asymptomatiques ou si leurs symptômes sont simplement trop précoces pour être détectés. Dans ce contexte, l'analyse des mouvements oculaires pourrait apporter des informations précieuses sur ces manifestations subtiles, encore non détectables cliniquement, et ainsi contribuer à un diagnostic plus précis.

 

Test saccadique en deux étapes pour améliorer l’évaluation de la SEP

Le test des saccades en deux étapes consiste à effectuer deux saccades rapides vers des stimuli successifs, ce qui mobilise plusieurs réseaux corticaux et sous-corticaux. Cette complexité en fait un indicateur plus sensible des fonctions cognitives et motrices que des tâches plus simples telles que les saccades en une seule étape. Il permet de détecter des changements subtils dans le contrôle des mouvements oculaires, offrant ainsi une vision nuancée de la progression de la maladie ou de la réponse au traitement dans le cas de la sclérose en plaques.

L’étude démontre que le test saccadique en deux étapes présente des corrélations statistiques plus fortes avec les paramètres cliniques, cognitifs et d’IRM que les tests saccadiques traditionnels. Par exemple, les personnes atteintes de sclérose en plaques ont présenté une proportion significativement plus faible de saccades en deux étapes correctes par rapport aux témoins sains, ces résultats étant en corrélation avec l’atrophie de la matière grise, la charge lésionnelle et les troubles cognitifs.

Proposé comme nouvel indicateur de résultat pour les essais cliniques sur la remyélinisation, le test saccadique en deux étapes offre une alternative prometteuse pour évaluer l’efficacité du traitement en reflétant à la fois les lésions structurelles et la fonction cognitive, remédiant ainsi à une limitation majeure de nombreuses évaluations traditionnelles des mouvements oculaires.

Relevance of Eye Tracking for Multiple Sclerosis (MS)

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